Certains livres nous ont donné envie de partir, d’autres nous ont accompagnés une fois sur la route. Voici ceux qui ont compté pour nous, des aventuriers et aventurières qui ont bercé ma jeunesse aux récits glissés dans nos valises au fil de nos longs séjours.
Pour nous, lire et voyager ont toujours été deux faces d’une même envie. Certains livres nous ont donné le goût du départ bien avant qu’on prenne la route, d’autres se sont glissés dans nos bagages pour accompagner un séjour, comme la trilogie de Corfou que j’ai lue sur place pendant notre mois sur l’île. Avec le temps, ces récits sont devenus des compagnons de route autant que des sources d’inspiration. Voici une sélection, forcément subjective, des livres qui ont nourri notre façon de voyager.
L’Enfant des Neiges, de Nicolas Vanier

Je me souviens encore du jour où mes parents ont ramené ce livre à la maison. Un samedi, presque midi, je devais avoir à peine 10 ans. J’ai tout de suite accroché avec la quatrième de couverture et les photos de cette aventure en famille dans le Grand Nord. Je me suis mise à lire une heure avant le déjeuner, puis j’ai continué, absolument happée. J’avais terminé avant la fin du week-end. Un vrai coup de cœur.
Il faut dire que l’histoire a tout pour marquer un enfant. En 1994, Nicolas Vanier part près d’un an à travers les Rocheuses et le Yukon avec Diane, sa femme, et leur fille Montaine, qui n’a pas encore deux ans. Deux mois à cheval, un hiver entier dans une cabane construite de leurs mains au bord d’un lac, puis deux mois en traîneau à chiens dans le froid extrême, sur les traces des chercheurs d’or du Klondike. Une famille lancée dans quelque chose de complètement hors norme, avec un tout-petit et une meute de chiens. À 10 ans, je crois que c’est exactement ça qui m’a fascinée : l’idée qu’on pouvait partir loin, longtemps, et le faire en famille.
Depuis, j’ai lu beaucoup d’autres livres de Nicolas Vanier, mais celui-ci restera toujours mon préféré. Nous ne traverserons jamais le Yukon en traîneau, et ce n’est pas le but, mais cette idée d’embarquer ses enfants dans l’aventure plutôt que d’attendre qu’ils soient grands, elle ne m’a jamais quittée.
Croisières et caravanes, d’Ella Maillart

J’ai découvert Ella Maillart vers 18-20 ans et j’ai tout de suite accroché avec cette aventurière du siècle dernier. À une époque où les exploratrices étaient suffisamment rares pour qu’on les remarque, elle détonnait : skieuse, navigatrice, elle a représenté la Suisse en voile aux Jeux olympiques de 1924 avant de partir seule sur les routes d’Asie centrale, du Turkestan aux monts Célestes. Une femme remarquable, vraiment.
Croisières et caravanes n’est pas son récit de voyage le plus détaillé, c’est plutôt son autobiographie, écrite autour de la cinquantaine. Elle y revient sur un demi-siècle d’existence, de sa jeunesse rebelle en Suisse jusqu’au long séjour en Inde qui l’a profondément transformée. Ce qui m’a touchée, ce n’est pas tant la performance sportive ou l’exploit que la quête qu’il y a derrière : ce besoin d’aller voir ailleurs, cette fascination pour la vie des nomades qu’elle croise et qui ressemble tant à la sienne…
Nomade sur la voie d’Ella Maillart, d’Amandine Roche

En vrai, c’est avec ce livre que j’ai découvert Ella Maillart, avant même de m’intéresser à ses propres récits. Amandine Roche, fascinée par l’aventurière suisse, espérait la rencontrer. Mais Ella Maillart s’est éteinte juste avant ce rendez-vous, et il ne lui est resté qu’une idée en tête : partir sur ses traces. C’est ce voyage qu’elle raconte, soixante-dix ans après celui de son modèle, à travers l’Asie centrale et au-delà : Ouzbékistan, Kirghizstan, Pakistan, Chine, Inde, Népal, Tibet, jusqu’à se retrouver à Kaboul un certain 11 septembre 2001.
Ce n’est plus la même époque, ni le même style d’écriture, et c’est justement ce qui m’avait plu : retrouver les mêmes peuples nomades et les mêmes routes, mais vus par une voyageuse de ma génération. J’avais juste adoré.
L’Alchimiste, de Paulo Coelho

Un classique, et un vrai coup de cœur pour nous deux. Le plus drôle, c’est qu’on l’avait lu chacun de notre côté, bien avant de se rencontrer il y a quatorze ans.
C’est l’histoire de Santiago, un jeune berger andalou qui rêve d’un trésor enfoui au pied des pyramides d’Égypte et finit par tout quitter pour aller le chercher. Son chemin le mène à travers l’Andalousie jusqu’à Tarifa, où il traverse le détroit vers l’Afrique, puis le désert jusqu’en Égypte. Plus qu’un récit de voyage, c’est un conte initiatique. Mais le voyage, même intérieur, reste un voyage, et c’est sans doute ce qui nous a parlé : cette idée d’écouter ce qui nous appelle et de suivre notre propre route, quitte à bousculer ce qui était prévu.
Nous avons aimé la simplicité de ce livre, sa façon d’aller à l’essentiel. Et il y a quelque chose d’amusant, avec le recul : des années plus tard, nous avons posé nos valises deux mois sur cette même Costa de la Luz, à moins d’une heure de route de la Tarifa de Santiago. Lui partait d’Andalousie pour chercher son trésor ailleurs ; nous, c’est justement là que nous sommes venus nous poser. Les chemins se croisent parfois de drôles de façons.
La trilogie de Corfou, de Gérald Durrell

C’est le livre de notre long séjour en Grèce, fin 2023. On avait d’abord découvert les Durrell à travers la série télévisée (The Durrells, une famille anglaise à Corfou), qui nous avait donné envie d’aller explorer l’île. Puis Ari a acheté le livre dans une petite librairie de Trouville au tout début de notre périple vers Corfou… il l’a lu avant d’y arriver, j’ai ensuite enchaîné et l’ai dévoré pendant notre mois sur l’île.
Pour situer : la trilogie réunit trois récits (Ma famille et autres animaux, Oiseaux, bêtes et grandes personnes et Le Jardin des dieux) dans lesquels Durrell raconte les années où sa famille, fuyant la grisaille anglaise, s’est installée sur l’île dans les années 1930. Il avait une dizaine d’années, et c’est par ses yeux d’enfant passionné de nature qu’on découvre Corfou.
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est le ton. Durrell a un humour tendre et malicieux pour croquer sa famille un brin loufoque et tous les personnages qui gravitent autour. Mais ce qui m’a vraiment happée, ce sont les descriptions : les oliveraies, la lumière, les criques, et cette faune et cette flore qu’il observe avec une précision de naturaliste, scorpions, tortues, geckos, lucioles. Les anecdotes sont si vivantes qu’on s’y projette complètement. Et le lire à Corfou, c’était encore autre chose : il me suffisait de lever les yeux pour reconnaître, autour de moi, les paysages qu’il décrivait.
The Colossus of Maroussi, d’Henry Miller

Pour être honnête, celui-ci, je ne l’ai pas encore lu mais il est bien placé sur ma liste de lecture. C’est Ari qui l’a dévoré, et il a adoré.
Nous avons découvert Henry Miller en Grèce, et ce n’est pas un hasard : c’est là qu’il a voyagé et écrit ce livre. En 1939, à l’approche de la guerre, Miller quitte Paris et rejoint son ami l’écrivain Lawrence Durrell, qui vit alors à Corfou. Il passera neuf mois à parcourir le pays, de la Crète à Delphes, et une bonne partie du récit se déroule à ses côtés.
Et là, la boucle se referme joliment avec le livre précédent. Ce Lawrence Durrell, c’est le frère aîné de Gerald, le « Larry » que l’on croise dans la trilogie de Corfou. Autrement dit, Miller débarque sur cette même île où nous avons passé un mois, chez la fameuse famille Durrell. Ari, lui, apprécie beaucoup le style de Lawrence Durrell, en particulier Le Quatuor d’Alexandrie.
Driving over lemons, de Chris Stewart

Celui-ci, nous l’avons lu tous les deux. Nous l’avons déniché un peu par hasard dans une librairie de Hastings, l’été dernier, au moment précis où l’idée d’un long séjour en Andalousie commençait à germer. Le genre de coïncidence qui donne l’impression que le voyage vous fait signe avant même d’être décidé.
C’est un livre facile à lire, qui plonge dans le quotidien d’un couple d’Anglais partis s’installer dans une ferme en Andalousie. Chris Stewart, l’auteur (et accessoirement tout premier batteur de Genesis, avant Phil Collins), achète sur un coup de tête une vieille bâtisse isolée, El Valero, dans les Alpujarras, ces montagnes au sud de Grenade. Ni eau courante, ni électricité, ni vraie route pour y accéder, un ancien propriétaire qui refuse de quitter les lieux, des voisins hauts en couleur : il raconte tout cela avec beaucoup d’humour et de tendresse.
Au final, nous avons bien passé deux mois en Andalousie l’hiver dernier, mais pas du tout dans le même coin. Lui est perché dans les montagnes de Grenade ; nous, nous étions sur la Costa de la Luz, côté Cadix, face à l’Atlantique. Deux Andalousie très différentes…
Ces héroïnes qui peuplent mes nuits, de Mia Kankimäki

Je l’ai trouvé quelques semaines avant notre voyage en Finlande cet été, en furetant dans une petite librairie rochelaise que nous aimons beaucoup, du genre à mêler livres d’occasion, récits de voyage et un peu de tout, avec toujours un titre pour vous surprendre. Ce jour-là, la surprise, c’était lui : une autrice finlandaise, et une femme de surcroît, ce qui n’est pas si courant sur les rayons français.
Je vais être honnête, ni le titre ni la couverture ne m’attiraient vraiment. Mais le résumé a immédiatement capté mon attention. C’est un livre féministe, qui raconte le destin de femmes ayant su casser les codes et repousser les limites de leur condition à des époques où cela n’avait rien d’évident. Beaucoup de voyageuses et d’exploratrices qui ont laissé une trace. J’y ai découvert Karen Blixen, à qui est consacrée toute la première partie, la plus longue, et aussi Ida Pfeiffer, dont j’ai maintenant très envie de lire les récits.
Ce que j’aime dans ce livre, c’est que Mia Kankimäki ne se contente pas de raconter ces femmes : elle part elle-même sur leurs traces, au Kenya dans les pas de Karen Blixen, au Japon, ou encore à Florence. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la partie sur les peintres italiennes de la Renaissance, ces artistes qui ont réussi à exister dans un monde qui ne leur laissait aucune place. Et sans l’avoir cherché, ce livre m’a ramenée tout au début de cette sélection, à Ella Maillart et à ces aventurières qui, bien avant nous, ont eu ce besoin viscéral d’aller voir ailleurs.
Le tour du monde en 80 jours et Deux ans de vacances, de Jules Verne

Impossible de parler des livres qui m’ont donné le goût du voyage sans parler de Jules Verne. Ce sont deux classiques de ma jeunesse, lus à l’adolescence puis relus plus tard, avec toujours le même plaisir.
Le Tour du monde en 80 jours, c’est le voyage à l’état pur : le flegmatique Phileas Fogg qui parie qu’il va faire le tour de la planète en quatre-vingts jours, son fidèle Passepartout, les trains, les paquebots et les imprévus à chaque étape. Deux ans de vacances, c’est autre chose, une bande d’écoliers échoués sur une île déserte qui doivent apprendre à s’organiser et à survivre loin de tout. Deux registres différents, mais la même invitation au départ et à l’aventure…
Land of Eagles, de Robin Hanbury-Tenison

Ce livre, nous l’avons trouvé dans un café de Gjirokastër, au sud de l’Albanie. Nous étions en plein road trip, à l’automne 2023, dans ce pays qui nous a profondément marqués. Tomber sur un récit de voyage consacré à l’endroit exact où l’on se trouve, c’est un joli cadeau du hasard.
Robin Hanbury-Tenison, un explorateur britannique, y raconte la traversée de l’Albanie qu’il a faite à cheval avec sa femme Louella, du nord montagneux jusqu’à la frontière grecque. Le livre est bien plus qu’un carnet de route : il fourmille d’histoire et de légendes, et évoque les écrivains et voyageurs qui ont parcouru le pays avant lui, de Lord Byron à Edward Lear. Surtout, il décrit merveilleusement bien les paysages, ces montagnes sauvages et ces vallées reculées que nous étions justement en train de découvrir.
Ce que nous avons adoré, c’est de suivre son itinéraire sur la carte au fil des pages, et de reconnaître certains endroits où nous étions passés nous aussi, comme la vallée de la Vjosa. On lisait le récit d’une aventure vieille de quelques années, et pourtant on avait l’impression de cheminer à ses côtés.
Note : à ce jour, Land of Eagles n’a pas été traduit en français, il faut donc le lire en anglais.
Et voilà, notre petite liste de livres de voyage qui nous ont inspirés. Je reviendrais la mettre à jour au fil de nos lectures et coups de coeur… Et vous, quel livre de voyage vous a le plus inspiré ?
Epingler sur Pinterest



Eternelle rêveuse, voyageuse, nomade et maman de deux petites tortues. Je partage ici mes coups de cœur, mes carnets de route et ma conviction que le monde mérite d’être exploré en famille.
Recuerdo haber leídoaños atrás el libro » entre limones » que me resultó divertido. Por supuesto a Julio Verne en mi juventud.
Disfruté enormemente con los grandes viajes a la Antártida de Shackleton (Endurance: la prisión blanca) Scott ( el peor viaje del mundo) y Amundsen…
Un abrazo familia tortugas nómadas